Si en France, la loi AGEC impose de nouvelles mesures dont une une meilleure traçabilité des vêtements, l’Union européenne se penche aussi sur ces sujets.

En France, la loi AGEC publiée en 2020, destinée à lutter contre le gaspillage et à favoriser l’économie circulaire s’inscrit sur plusieurs années avec la publication de nombreux décrets. Elle entend « accélérer le changement de modèle de production et de consommation afin de limiter les déchets et préserver les ressources naturelles, la biodiversité et le climat ». 

Les mesures nombreuses, concernent de nombreux secteurs et s’échelonnent sur plusieurs années. Dans les commerces, l’impression systématique des tickets de caisse a pris fin le 1er avril 2023. Pour les obtenir le format papier, le consommateur devra le demander expressément. Mais la voie dématérialisée est donc privilégiée. La fin progressive des emballages en plastique à usage unique est également annoncée. Les premiers concernés sont les enseignes de restauration rapide qui ne peuvent plus utiliser de vaisselle à usage unique depuis le 1er janvier 2023. 

Près de 63% de consommation mondiale d’ici 2030 

Parmi les premiers pointés du doigt pour son impact environnemental, le secteur de la mode a dû pour sa part prendre de nouvelles dispositions dès le 1er janvier 2022 pour ne plus détruire ses invendus. Producteurs, importateurs et distributeurs sont désormais contraints à réemployer, réutiliser ou recycler les articles qui n’ont pas trouvé preneur, la destruction étant le dernier recours. Le marché est immense. En 2022, la consommation de textiles dans l’Union européenne atteignait 19kg par habitant — dont 8kg de vêtements et 4kg de chaussures — contre 17kg en 2020. À l’échelle mondiale, la consommation de vêtements et de chaussures, dont la plupart sont importés, devait augmenter de 63% d’ici à 2030, passant de 62 à 102millions de tonnes selon des chiffres publiés par l’Union européenne. 

Cette consommation représente aujourd’hui, en moyenne, le quatrième impact négatif sur l’environnement et le changement climatique et le troisième sur l’eau et l’utilisation des sols. Environ 5,8 millions de tonnes de textiles sont jetées chaque année dans l’Union européenne, soit près de 11kg par personne. La demande croissante de textiles alimente l’utilisation inefficace de ressources non renouvelables, notamment la production de fibres synthétiques à partir de combustibles fossiles. 

En France, chaque consommateur achète en moyenne 12,2kg de textiles (vêtements, linge de maison, chaussures) par an en 2022. Refashion (ex Eco TLC), l’éco-organisme de la filière textile d’habillement, linge de maison et chaussure, affirme pour sa part avoir collecté en 2023 environ 268000 tonnes de déchets textiles sur près de 833000 tonnes mises sur le marché, soit environ 32 % du gisement potentiel. 

Traçabilité et note environnementale 

La loi AGEC a rendu obligatoire depuis janvier 2025 (pour toutes les entreprises ayant un chiffre d’affaires supérieur à 10 millions d’euros et commercialisant plus de 10 000 unités par an en France) la traçabilité de l’origine des produits textiles, vêtement et chaussures, vendus dans l’Hexagone.  

La loi Climat et Résilience promulguée en 2021, prévoit en son article 2 la mise en place d’un affichage du coût environnemental sur les produits ou services. Les secteurs du textile et de l’alimentation ont été choisis prioritairement en raison de leurs forts impacts sur l’environnement. Cette loi complète la traçabilité prévue par la loi AGEC. A date, l’affichage n’est que volontaire, mais doit répondre à une méthodologie stricte. Les désaccords entre les parties prenantes repoussent la force obligatoire de cet affichage.  

Des propositions liées au Green Pact pour l’Europe 

Quasiment toutes les filières répondant au principe de « pollueurs-payeurs » sont concernées par ces nouvelles réglementations d’abord françaises, mais aussi européennes. En mars 2022, la Commission de l’UE a ainsi présenté de nombreuses propositions liées au Green Pact pour l’Europe « visant à faire des produits durables la norme dans l’UE, à promouvoir des modèles d’entreprise circulaires et à donner aux consommateurs les moyens d’agir en faveur de la transition écologique ». Pour l’UE si les technologies de tri et de recyclage avancées doivent encore être développées, l’amélioration de la conception des produits est la première étape pour relever les prochains défis. 

Des passeports numériques pour informer les consommateurs 

La proposition de règlement sur l’éco-conception des produits durables qui fixe de nouvelles exigences, entrainera la création de passeports numériques pour les produits réglementés destinés à informer les consommateurs. « Cela facilitera la réparation ou le recyclage des produits et rendra plus aisé le suivi des substances préoccupantes tout au long de la chaîne d’approvisionnement. L’étiquetage peut également être inclus. La proposition contient en outre des mesures visant à mettre un terme à la destruction des biens de consommation invendus, à étendre les marchés publics écologiques et à encourager les produits durables », a précisé l’UE dans un communiqué. 

Un objectif européen fixé pour 2030 

La Commission va établir un cadre et un processus en coopération avec toutes les parties concernées et définira progressivement des exigences pour chaque produit ou groupe de produits. 

L’objectif est que d’ici à 2030, les produits textiles mis sur le marché de l’UE « durent longtemps et soient recyclables, qu’ils soient composés autant que possible de fibres recyclées, exempts de substances dangereuses et produits dans le respect des droits sociaux et de l’environnement ». 

En France, c’est la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) qui veillera à l’application de la loi par des contrôles physiques dans les magasins et des amendes en cas de non-respect du calendrier ou d’allégations trompeuses en matière environnementale sont prévues. 

Mais au-delà de ces coûts financiers, c’est l’image des entreprises qui risque d’être dégradée si ces engagements ne sont pas respectés, sachant que les consommateurs vont pouvoir juger et comparer les marques entre elles. 

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